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Arnoul Dyevre

Le digital au service du métier de l’assureur

Le sens de l’histoire

Les nouveaux dispositifs digitaux permettront ils aux assureurs de proposer à leurs clients des services mieux personnalisés? Est-il envisageable de que la conception des produits d’assurances s’adosse désormais sur l’usage réel plutôt que sur l’historique statistique?

Deux informations récentes ont fait couler beaucoup d’encre récemment et vont certainement mettre un peu plus sous le feu des projecteurs les avantages que les technologies digitales peuvent apporter aux assureurs.

Tout d’abord, la remarque de Christine Lagarde lors de la remise du rapport de la Direction du Trésor relatif à la hausse des tarifs de l’assurance[1]. La Ministre s’engage à améliorer dès cette année les possibilités de résiliation par les assurés. Le principe de la tacite reconduction déjà mise à mal par la loi Chatel du 28 janvier 2010[2] risque encore d’être réévalué sous peu.

Ensuite, la Directive rendue au mois de mars 2011 par la Cour Européenne de justice demande à la France de respecter le principe[3] de l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes dans l’accès et la fourniture de biens et de services. Cette décision remet en cause les avantages tarifaires accordés aux femmes dans le cadre de leur assurance automobile et aux hommes pour leur assurance vie.

Ces deux annonces, si elles sont suivies d’effets vont obliger les assureurs à repenser en profondeur leur business model. Il faudra passer d’un modèle de « rente de situation » fondé sur l’analyse de l’historique collectif long terme à un modèle plus dynamique et sans doute prendre en compte les comportements individuels.

Tous les secteurs d’activités ont dû se mettre au diapason de la suppression de la tacite reconduction et le secteur de l’assurance n’est plus une exception.

En ce qui concerne la non discrimination, le problème est plus profond. Le principe de mutualisation des risques implique de dimensionner des tarifs pour les produits d’assurance qui s’adaptent à un segment de population. Une des variables importante prise en compte dans cette évaluation était justement le sexe. Il en existe d’autres comme l’âge, la CSP ou la localisation géographique et il n’y a pas de raison pour que ces discriminations ne fassent pas l’objet d’une réévaluation un jour ou l’autre.

Face à ces nouveaux enjeux, les assureurs ont plusieurs options. Soit continuer avec un système aussi ancien qu’éprouvé ce qui impliquera à la fois des hausses tarifaires pour les hommes et les femmes en fonction des typologies de produits et un renforcement de la guerre tarifaire entre les acteurs.

Soit, et les premiers qui se positionneront bénéficieront de l’effet « Ocean bleu[4] », remettre en cause les anciens modèles et faire preuve d’innovation en utilisant notamment les nouvelles technologies.

Les évolutions technologiques et réglementaires viennent bouleverser la donne et peut-être ressusciter des concepts d’offres un temps mis de côté pour des raisons de Business model incompatible.

Les coûts d’achat et de mise en œuvre des matériels sont désormais considérablement réduits et permettent des « time to market » accélérés et une meilleure acceptation par les clients.

Il est peu probable que l’on puisse s’attendre à une mise en cause radicale des business model existants. En s’y prenant tôt, les acteurs traditionnels, par pilotes successifs auront la possibilité de tester les différentes solutions qui se présentent. Ces acteurs devront s’assurer que la lourdeur des organisations et des SI ne viendront pas freiner ces innovations.

Et que les acteurs traditionnels prennent garde : il serait surprenant de ne pas voir arriver de nouveaux challengers, dotés de plus de souplesse et prêts à saisir l’opportunité de se lancer sur des modèles  hyper ciblés comme par exemple friendsurance en Allemagne.

Un exemple de mise en œuvre : L’assurance basée sur le comportement

L’assurance basée sur le comportement ou Usage Based Insurance (UBI), aujourd’hui très développée chez certains acteurs outre Atlantique, commence à faire son apparition chez nous.

Si ce concept est actuellement très développé pour les produits d’assurance automobile, il est également utilisé pour d’autres produits tels que l’assurance santé ou l’assurance vie.

Les principes de l’UBI appliqués à l’assurance automobile


1. L’assurance au kilomètre

Mieux connue sous la dénomination Pay As You Go, ce modèle a vu le jour initialement pour adresser le segment des petits rouleurs. En effet, pourquoi payer 100% d’une prime d’assurance alors qu’on utilise peu sa voiture ?

Etant donné que la probabilité de sinistre est proportionnelle à l’usage que l’on fait de sa voiture, il est logique de ne pas pénaliser les conducteurs  à faible taux de sinistralité.

Le principe est très simple, l’assuré s’acquitte d’un forfait minimal qui le couvre toute l’année et il paye ensuite en fonction du nombre de kilomètres réalisés.

Il existe 2 dispositifs principaux :

Le Pay As You Go dynamique

Ce modèle est conditionné à l’installation d’un boitier télématique dans la voiture pour identifier en temps réel (mensuellement) le kilométrage réellement réalisé. Cela permet d’ajuster le tarif de l’assurance au plus près de l’usage.
des « dongles » à installer soi-même.

Amaguiz est le seul assureur français à proposer cette solution télématique pour le grand publique. Le service proposé nécessite l’installation par un spécialiste agréé d’un appareil télématique. Il existe désormais d’autres systèmes plus simple à mettre en œuvre comme

Le Pay As You Go à terme

C’est la solution la plus répandue. Elle s’appuie le plus souvent sur une relation de confiance entre le consommateur et son assureur soit par simple déclaration orale comme chez MMA ou par l’intermédiaire d’un tiers de confiance qui est en mesure de certifier le kilométrage réellement effectué comme chez Allianz.

Cette offre est appelée à terme puisque l’état des lieux de l’usage est effectué tous les ans à la date anniversaire du contrat.

Ce modèle ne permet pas de tarification dynamique, par contre il est possible de proposer le remboursement des kilomètres non consommés (MMA) ou bien de reporter ces kilomètres sur l’année ou les années suivantes (MMA ou Allianz) ce qui en fait un très bon principe de fidélisation.

2. L’assurance en fonction du comportement ou le Pay As You Drive propose de facturer les consommateurs en fonction de leur usage réel.


A l’aide d’un dispositif embarqué dans la voiture, les assureurs sont en mesure de rassembler en temps réel une quantité d’informations extrêmement précises sur les usages du conducteur.

  • Quand conduit-il ? Tous les jours ou occasionnellement ; de jour ou de nuit, etc
  • Où ? Dans quelle région et quelles zones accidentogènes ou non.
  • Comment ? Le mode de conduite est il plutôt agressif ou confortable, respectueux des temps de pause et des limitations de vitesses.
  • Combien de kilomètre ? Peu de kilomètre tous les jours ou beaucoup de kilomètres de tant en temps.

En France, Axa entreprise propose ce dispositif pour les flottes de véhicules en mettant en

avant un principe d’éco-conduite.

Les avantages de ce dispositifs sont nombreux et concernent plusieurs typologies d’acteurs : les consommateurs, les assureurs et la collectivité au sens large.

3. L’appel d’urgence ou e-call/b-call regroupe un ensemble d’offres de sécurité pour les automobilistes. Le principe consiste à permettre aux automobilistes en difficulté d’être mis en contact et géolocalisé par un service central de sécurité civile : le 112. Un dispositif télématique équipé d’une carte Sim est installé en première monte dans certains modèles de véhicules, essentiellement des modèles haut de gamme.

C’est actuellement le service le mieux abouti notamment en Europe  puisque la Communauté européenne a préconisé la généralisation de ce système dans tous les véhicules neufs à partir de 2010[5].

De nombreux constructeurs proposent ce service, disponible dans plusieurs pays. General Motors, Ford, Volvo, PSA ou BMW sont les acteurs les plus dynamiques sur le sujet.

Ce dispositif est moins directement lié aux assureurs. Il est néanmoins à la fois un complément naturel à l’offre d’assurance avec l’assistance mais également un module du dispositif plus global que nous détaillons ci-dessous.

Aux Etats-Unis, la solution de voiture connectée OnStar mise en place par General Motors va encore un peu plus loin dans démarche en y associant des assureurs. Aujourd’hui cinq assureurs ont rejoint le constructeur. Le principe est basé sur une proposition de réduction tarifaire pour le consommateur en utilisant les avantages apportés  par le dispositif OnStar.

Deux acteurs proposent une offre que l’on pourrait qualifier de « basique » : elle propose une réduction de tarif pour les conducteurs choisissant d’équiper leur voiture du e-call et du Stollen Vehicule Assistance.

Les trois autres vont encore plus loin en proposant du Pay as you go allant jusqu’à plus de 40% en utilisant les données télémétriques enregistrées dans le système embarqué dans le véhicule.

Les avantages pour le consommateur

L’avantage immédiat est de pouvoir bénéficier d’une tarification mieux adaptée à l’usage et au comportement réel.

Selon les cas, les tarifs d’assurance auto peuvent diminuer de 30%[6] et être applicables quasiment instantanément puisque l’assureur dispose des informations en temps réel potentiellement.

C’est également la possibilité d’être enfin évalué sur son véritable comportement, lui donner la possibilité d’agir sur sa facture en ajustant son comportement et donc d’être responsabilisé.

Les autres avantages non moins intéressants concernent la possibilité d’obtenir :

  • des alertes contextualités sur le trafic routier par exemple ;
  • de l’aide, un dépannage ou de l’assistance en cas de besoin ;
  • de retrouver sa voiture volée ou simplement perdue
  • de surveiller son éco-conduite pour optimiser le budget carburant et entretien.

Les avantages pour l’assureur

A priori, une segmentation plus fine des consommateurs devrait permettre une meilleure appréhension  et donc une meilleure répartition du risque.

Les principaux avantages recensés concernent :

  • La réduction des accidents matériels et corporels ;
  • La réduction des fraudes ;
  • Meilleure segmentation des risques ;
  • Meilleure gestion des réclamations ;
  • La fidélisation des clients ;
  • Une meilleure connaissance client.

Les avantages pour la collectivité

L’avantage majeur concerne tout le monde mais il est en ligne avec les objectifs de Sécurité Civile à savoir la limitation des sinistres sur la route.

Il s’agit d’une véritable révolution dans l’établissement des modèles tarifaires. Le modèle actuel est fondé d’une part sur la discrimination à l’arrivée en fonction de l’historique du conducteur et de son profil socio économique, et d’autre part sur le principe de la récompense/sanction à date anniversaire du contrat par le système du Bonus/malus.

En prenant en compte l’analyse des comportements de l’utilisateur, l’assureur sera en mesure d’ajuster au plus près les tarifs pour chacun de ses assurés lui donnant ainsi la possibilité d’avoir une véritable emprise sur le prix de son assurance.

Ce modèle ouvre un nouveau débat. Est-ce de la discrimination ? Est-ce remettre en cause le principe de mutualisation des risques qui est le propre du métier de l’assureur ?

Ces questions méritent d’être posées et débattues car il n’est pas inconcevable de vouloir être sanctionné en fonction de son usage réel et non pas selon un modèle de calcul obscure proche de la boite noire qui in fine est déresponsabilisant pour le consommateur.

En France la CNIL a publié une recommandation en avril 2010[7] qui en émettant un certain nombre de réserve ne s’oppose pas à la mise en place d’un tel système.

Au même titre que la discrimination homme femme n’est pas légitime. Pourquoi les bons conducteurs devraient-ils continuer à payer leur assurance aussi chère que les mauvais ?

La question, pour les acteurs en place, est alors comment injecter une dose de UBI sans « casser » le modèle existant pour anticiper le jeu des challengers et répondre à la tendance de fond du marché ?

La double dimension temps d’une part, et la combinaison de 2 modèles (existant et UBI) pour gérer l’évolution du secteur paraît être le véritable enjeu. Le système fonctionne, cela fait près de 10 ans qu’il a fait ses preuves,  les clients sont sensibilisés et sur certains points demandeurs, les matériels sont disponibles et les résultats sont déjà remarquables.

Si vous souhaitez en savoir sur ces dispositifs n’hésitez pas à nous contacter : assurances@novediagroup.com


[1] http://www.economie.gouv.fr/services/rap11/110121-rap-hausse-tarifs-assurance.pdf

[2] http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000606011&dateTexte=

[3] http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/site/fr/oj/2004/l_373/l_37320041221fr00370043.pdf

[4] http://www.blueoceanstrategy.com/

[5] http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=REPORT&reference=A6-2006-0072&language=FR

[6] http://www.progressive.com/auto/snapshot-discount.aspx

[7] http://www.cnil.fr/en-savoir-plus/deliberations/deliberation/delib/97/

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